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Corneille amoureux de Mlle Marotte


Les deux «Mlle Marotte»

Les disciples de Louÿs prétendent que Corneille aurait été amoureux d'une comédienne de la troupe de Molière au début des années 1660, ce qu'ils interprètent comme une «coïncidence troublante» de nature à corroborer la «théorie Corneille».

En fait, il ne s’agit nullement d’une «coïncidence troublante», mais d’une confusion que les disciples de Louÿs font entre deux personnes qui portaient le même diminutif.

Celle que Corneille appelle «Mlle Marotte» dans sa lettre du 25 avril 1662 est une comédienne nommée Marie La Vallée: il souhaite qu’elle puisse être engagée au Marais. Son souhait sera exaucé, puisqu’on la retrouve au théâtre du Marais en 1663 (elle signe un bail avec les autres comédiens).

Rien de commun avec Marie Raguenau de l’Estang, dite elle aussi «Mlle Marotte», qui est à cette époque «gagiste» (simple ouvreuse) de la troupe du Palais-Royal. Elle ne deviendra comédienne qu’après 1670, une fois qu’elle aura épousé le comédien La Grange.

Précisons que, comme nous l’expliquons dans une longue note de la Notice de L’École des femmes (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2010), c’est une interprétation maladroite d’un registre de comptes qui a conduit certains historiens du XIXe siècle à lui attribuer le rôle de Georgette dans L’École des femmes; la lecture correcte de ce registre montre qu’elle n’a pas joué. Au demeurant il n’y avait aucune raison pour qu’elle le fît: d’une part, elle n’était pas comédienne; d’autre part, et surtout, dans cette École des femmes qui ne comporte qu’un rôle féminin de premier plan (Agnès, jouée par Mlle de Brie), il est inimaginable que des vedettes comme Marquise du Parc et Madeleine Béjart (ou même que sa sœur Mlle Hervé, elle aussi figure historique de la troupe) aient pu tolérer qu’une gagiste leur souffle un rôle aussi drôle que celui de Georgette...

Bref, la «Mlle Marotte» à laquelle s'intéressait Corneille — nous disons bien "s'intéressait" car rien n'indique qu'il en était amoureux, contrairement à ce qu'affirment les disciples de Louÿs — était l'actrice du Marais, nullement la petite «Marotte» du Palais-Royal.

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Chapitre en cours: Louÿs (et ses disciples) sur Molière (chap. 1)

Partie en cours: L'invention de Pierre Louÿs, ses arguments et ceux de ses disciples (Deuxième Partie)




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