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L’édition des Œuvres de 1682.


Corneille publie la dernière édition de son Théâtre en 1682. Les éditeurs de Molière publient l’édition complète des Œuvres de Molière en 1682.

On ne voit pas en quoi cette coïncidence pourrait apporter quelque élément supplémentaire au dossier. Il se trouve que, si l’on observe les questions de privilège d’impression, on découvre qu’il était normal que les éditeurs de Molière décident d’entreprendre une nouvelle édition en 1682.

En effet, les trois libraires qui avaient publié la première édition collective posthume de Molière en 1674, décidèrent de ne pas attendre le jour de l'expiration du privilège (valable neuf ans à compter de la parution de l’édition collective il courait jusqu’en 1683), au risque de se faire doubler par des concurrents. Un an avant l’expiration du privilège général, ils entreprirent d’en solliciter un nouveau, ce qui impliquait de se lancer dans une nouvelle entreprise éditoriale pour pouvoir justifier un nouveau privilège, qui interdisait à tous les autres imprimeurs et libraires français de publier du Molière. Afin de frapper un grand coup face aux contrefaçons françaises et aux éditions hollandaises, ils choisirent de donner à cette publication toutes les apparences d’une « édition définitive » de Molière : ils commandèrent une préface à caractère biographique, firent réaliser des gravures pour chacune des pièces et donnèrent sur la page de titre de chaque comédie des renseignements inédits sur la date et le lieu originels de la création ; ils adoptèrent une distribution des pièces fondée pour l’essentiel sur l’ordre chronologique des créations ; et surtout ils achetèrent à Armande Béjart les manuscrits des pièces demeurées inédites (pour lesquelles ils obtinrent un privilège spécial). Ainsi parurent en 1682 chez Thierry, Barbin et Trabouillet les Œuvres de Monsieur de Molière en huit volumes,

On voit que cette publication avait ses propres raisons internes et qu'il est parfaitement vain de se demander pourquoi Corneille fit paraître la dernière édition de son propre théâtre la même année. Gageons qu'il suffirait de connaître les raisons propres à l'édition des œuvres de Corneille en 1682 (situation du Privilège, état des stocks de l'édition précédente…) pour ajouter des explications supplémentaires à cette coïncidence. Au demeurant, on ne voit pas en quoi le fait que les deux éditions ont pu paraître la même année apporte quoi que ce soit de probant à la "théorie Corneille".

De plus, si Corneille était derrière cette publication posthume des Œuvres de Monsieur de Molière, comment a-t-il pu laisser rédiger une notice biographique dans laquelle son nom n’est même pas énoncé? comment a-t-il pu permettre qu'on s’abstienne de toute allusion, même voilée, à sa prétendue collaboration aux œuvres publiées une nouvelle fois sous le nom de Molière? Et surtout comment a-t-il pu tolérer qu'on reproduise à l'identique l’avertissement de Psyché où son rôle est finalement peu flatteur, puisque réduit à celui d’un auxiliaire en versification?

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Chapitre en cours: Louÿs (et ses disciples) sur Molière (chap. 1)

Partie en cours: L'invention de Pierre Louÿs, ses arguments et ceux de ses disciples (Deuxième Partie)




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