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L’Illustre Théâtre et le choix du nom de la troupe.


On ignore pour quelle raison les jeunes associés qui fondent la troupe de L’Illustre Théâtre en 1643 ont choisi ce nom.

Ce dont on peut être certain, c’est qu’il n’y a aucun rapport entre ce nom de «L’Illustre Théâtre», mentionné pour la première fois dans un acte officiel en juin 1643, et le titre de la 1ère édition collective des œuvres de Corneille en 1644 qui ne s’est jamais intitulée (contrairement à ce que prétendent les disciples de Louÿs) L’Illustre Théâtre de Monsieur Corneille. Car la 1ère édition collective des œuvres de Corneille — à l’impression de laquelle Corneille présida en personne (elle fut imprimée à Rouen chez Laurent Maurry…) — s’intitulait tout simplement Œuvres de Corneille. C’est une contrefaçon hollandaise de cette édition, parue la même année, qui fut intitulée L’Illustre Théâtre de Monsieur Corneille, soit un an après la fondation officielle (voir les actes officiels dans Cent ans de recherches sur Molière, p.224 et suiv.) de l’Illustre Théâtre.

Notons bien que le contrat de société entre les comédiens de l'Illustre Théâtre présente les articles du contrat comme les articles «sous lesquels [les comédiens] s'unissent et se lient ensemble pour l'exercice de la comédie afin de conservation de leur troupe sous le titre de l'Illustre Théâtre». L'expression «conservation de leur troupe» laisse entendre que les comédiens passent contrat pour assurer une véritable pérennité à une troupe déjà constituée. Il est donc bien possible que «l'Illustre Théâtre» existât dès avant le 30 juin 1643.

Or il est contraire à toutes les connaissances en notre possession d'imaginer que quiconque en France aurait pu savoir plus d'un an à l’avance qu’une édition de Corneille allait paraître en Hollande et à plus forte raison en connaître le titre. Car les Hollandais n’étaient pas des éditeurs officiels de livres français avec lesquels nos auteurs auraient pu passer contrat. L'édition française était au contraire rigoureusement protégée par un système de «Privilèges» destiné à faire barrage à toutes les formes de concurrence, qu'elles vinssent d'autres régions de France ou de l'étranger. En matière de livres français destinés au marché français, l'édition hollandaise œuvrait dans la plus parfaite illégalité et devait donc faire entrer ses livres en contrebande sur le sol français. Malgré les ballots saisis ici et là, malgré la prison que risquaient les libraires français qui vendaient les livres hollandais sous le manteau, les Hollandais semblent y avoir trouvé largement leur compte, d'autant qu'ils diffusaient en outre tout à fait légalement ces livres en Hollande, pays grand amateur d’ouvrages français. Aussi les libraires hollandais s'étaient-ils fait la spécialité de publier systématiquement des contrefaçons des livres officiellement publiés en France. Ils avaient ainsi publié de nombreuses contrefaçons des pièces de Corneille, et il est tout à fait logique que découvrant en 1644 l’existence d’une édition des Œuvres de Corneille, ils se soient s’empressés de proposer une édition concurrente. Au reste, il suffit d’examiner cette édition hollandaise pour découvrir qu’elle a été réalisée très rapidement: il s’agit en effet non pas d’une véritable "collective" (qui aurait nécessité de recomposer la totalité des pièces de Corneille en pagination continue), mais d’une édition factice, c’est-à-dire d’une édition qui réunit sous une même page de titre des éditions (pirates), avec leur pagination propre, déjà publiées antérieurement de façon séparée. En somme une habile manière d’écouler le stock des éditions pirates non encore vendues en les rhabillant sous la forme d’une fausse édition collective, en profitant de (et en faisant illégalement concurrence à) l’édition qui venait d’être imprimée à Rouen et diffusée par les libraires parisiens Sommaville et Courbé.

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Partie en cours: L'invention de Pierre Louÿs, ses arguments et ceux de ses disciples (Deuxième Partie)




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