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L’acrostiche.


Ainsi comme certains ont prétendu avoir découvert l’acrostiche «SALE CUL» aux vers 444 et suivants d’Horace et le prétendu jeu de mot «l’effet se recule» dans Polyeucte, les disciples de Louÿs ont sauté sur cette prétendue "preuve" comme les sauterelles sur un malheureux grain de blé. Ils ont ainsi érigé une seule acrostiche (fausse, comme on va le voir) en témoignage indiscutable du libertinage de Corneille.

Il s'agit là évidemment d'un raisonnement qui procède des techniques habituelles de la désinformation.

a- Ce sont les deux seuls cas en apparence irrévérencieux parmi les dizaines de milliers de vers écrits par Corneille. De deux choses l’une: soit Corneille était effectivement irrévérencieux et il aurait dû parsemer ses œuvres de jongleries de ce type — mais justement ce n’est pas le cas —, soit il s’agit d’une rencontre de hasard, ce qui est confirmé par l’examen de la tirade. Les disciples de Louÿs prétendent que le calcul des probabilités montre qu’il est impossible que ce soit l’effet du hasard: il s’agit là on s’en doute d’une pure invention. Le calcul des probabilités ne permet pas de tirer ce type de conclusion.

b- On remarque que l’ensemble de la tirade n’offre pas l’acrostiche SALE CUL, mais que la suite des initiales de chaque vers de la phrase concernée est la suivante: MSALECULEP. C’est donc au prix d’un détournement de la suite des initiales qu’on peut y voir ce que quelques-uns ont voulu y voir. Qui plus est, une poésie sous forme d’acrostiche exige qu’il y ait adéquation entre les initiales de chaque vers et le nombre de vers de l’ensemble du poème, ce qui n’est pas le cas ici puisque l’ensemble cohérent constitué par une phrase entière contient trois vers de plus (le premier qui commence par M, et les deux derniers qui commencent par E et P).

Voici ce que retiennent ceux qui parlent d’acrostiche:

S'attacher au combat contre un autre soi-même,

Attaquer un parti qui prend pour défenseur
Le frère d'une femme et l'Amant d'une sœur,

Et rompant tous ces nœuds, s'armer pour la patrie

Contre un sang qu'on voudrait racheter de sa vie,

Une telle vertu n'appartenait qu'à nous,
L'éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux,

Mais voici la phrase entière telle qu’elle se présente dans toutes les éditions (nous citons d’après la première [1641]):

Mais vouloir au public immoler ce qu’on aime,
S'attacher au combat contre un autre soi-même,

Attaquer un parti qui prend pour défenseur
Le frère d'une femme et l'amant d'une sœur,

Et rompant tous ces nœuds s'armer pour la patrie

Contre un sang qu'on voudrait racheter de sa vie,

Une telle vertu n'appartenait qu'à nous,
L'éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux,
Et peu d’hommes au cœur l’ont assez imprimée,
Pour oser aspirer à tant de renommée.
[après ce mot prend fin la tirade prononcée par Horace]

On le voit, l'acrostiche correspondant à la cellule-phrase (ce qui seul dans une longue tirade permettrait de parler d'acrostiche) est bel et bien MSALECULEP. On n'épiloguera pas.

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Chapitre en cours: Louÿs (et ses disciples) sur Corneille (chap. 2)

Partie en cours: L'invention de Pierre Louÿs, ses arguments et ceux de ses disciples (Deuxième Partie)




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