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La question des gratifications.


Rappelons qu'en 1663 Colbert mit en place un système de gratifications dans le cadre d'un vaste plan de mécénat royal destiné à faire célébrer par les "gratifiés" Louis XIV comme «le plus grand roi du monde». La première série de bénéficiaires de ces gratifications royales fut connue à la fin du mois de mai ou au début de juin 1663. Corneille figurait pour la somme de deux milles livres, l'une des plus élevées car il était désigné sur les états de paiement comme «Premier Poète dramatique du monde». Molière y figurait aussi pour la somme de mille livres, et il était qualifié d’«Excellent poète comique».

Avec une telle confirmation de son statut — venue officiellement du plus haut, du Roi lui-même — et une telle somme, on ne voit pas ce que Corneille aurait eu à gagner à œuvrer dans l'ombre de Molière, à écrire des pièces que son frère lui-même qualifiait publiquement de "bagatelles": que serait-il advenu d'un tel prestige si quiconque avait appris que le «Premier Poète dramatique du monde» se commettait à écrire en cachette des "bagatelles"? et cela pour arrondir des fins de mois qu'il avait déjà plus que confortables?

Quant à comprendre pour quelles raisons Corneille n'aurait plus reçu sa gratification à partir de 1674, donc après la mort de Molière, nous avons répondu ailleurs à cette question (voir la page La question des difficultés financières de Corneille). Nous rappellerons simplement ici que, lancées en fanfare en 1663, les gratifications ne tardèrent pas à se réduire comme peau de chagrin, comme le montre l'exemple de Thomas Corneille, le propre frère de Pierre, qui enchaînait les succès et qui n’a plus été inscrit sur la liste des gratifications dès 1667.

Nous rappellerons enfin et surtout que la gratification de Pierre a finalement été rétablie en 1681. Voilà un élément qui devrait troubler les disciples de Pierre Louÿs, s'ils pouvaient être troublés par quelque chose qui met à mal leurs convictions : comme tous les adeptes des raisonnements conspiratoires, il ne font qu'instruire à charge et ils ferment leurs yeux et leurs oreilles toutes les fois qu'un élément à décharge vient contredire leur théorie.

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