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Le prétendu blason de Molière.


Dans la lignée du nouveau statut de Molière qu'ils viennent d'inventer (Molière fou du roi), les disciples de Louÿs prétendent que le blason de Molière corroborerait cet état de fait. D'une part parce qu'il comprendrait des singes et des masques de comédie; d'autre part parce qu'il contiendrait la couleur verte qui serait la couleur des bouffons.

Une fois de plus, les disciples de Louÿs mélangent des éléments disparates et incompatibles entre eux afin de proposer un raisonnement erroné.

Faux blason de comédien (sans couleur verte)… En premier lieu, ce qu'ils appellent le blason de Molière est en fait le frontispice gravé qui figure en tête du tome I des Œuvres de Mr Molière publiées en 1666. Il représente: un miroir portant le titre du volume, surmonté par le buste de Térence et encadré par "le marquis de Mascarille" des Précieuses ridicules et le Sganarelle du Cocu imaginaire, avec en bas un masque de satyre encadré par deux singes accrochés à des guirlandes de feuillage.

Or ce frontispice ne figure en aucun cas le blason de Molière: celui-ci s’est clairement désolidarisé de cette édition, faite sans son consentement, d’une part en rompant avec le groupe de libraires qui s’étaient livrés à cette opération, d’autre part en précisant dans un privilège royal en 1671 que le privilège royal obtenu par les libraires pour cette édition de 1666 avait été «obtenu par surprise». Il n'est donc nullement responsable de cette gravure placée en tête d'une édition pour laquelle il n'a pas été consulté et qu'il ne reprendra jamais à son compte.

La seule fois où il sera question de ce frontispice et où il sera présenté comme un "blason", c'est dans un texte à visée comique paru quelques mois après la mort de Molière. En 1674, dans le Mercure galant, Donneau de Visé jouera ainsi à faire prononcer une oraison burlesque de Molière dans une assemblée, l'orateur finissant par un jeu sur des «écussons aux armes du défunt» qu’il voit tout autour de lui:

Vous les voyez, Messieurs, ces armes parlantes qui font connaître ce que notre illustre auteur savait faire. Ces miroirs montrent qu’il voyait tout; ces singes qu’il contrefaisait bien tout ce qu’il voyait, et ces masques qu’il a bien démasqué des gens, ou plutôt des vices qui se cachaient sous de faux masques. Ce grand peintre moral est maintenant avec les Dieux, qu’il est allé faire rire de leurs propres défauts.

On voit qu’il avait sous les yeux la seule édition collective alors publiée de Molière, celle de 1666, (la nouvelle édition était seulement en train de paraître en 1674 et elle ne portait pas de frontispice) et qu'il s'amusait avec une image et nullement avec le vrai blason de Molière.

... et vrai blason familial (où apparaît la couleur verte) En 1697, dans son recueil des Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle avec leurs portraits au naturel, Charles Perrault fait figurer un "portrait au naturel" dans la notice Molière et un blason au bas de son portrait: un écu surmonté du masque de la comédie; l’écu présente trois miroirs d’argent, qui rappelle les armes attribuées à Molière dans le registre d’Hozier: «De sinople, à 3 miroirs d’argent 2 en chef et 1 en pointe. (Armes parlantes dont la preuve de concession est restée inconnue.)»

Or le blason qui est enregistré par d’Hozier pour divers Pocquelin (ou Poquelin) est le suivant: «d’argent, à cinq arbres de sinople, dont trois de haute tige et deux plus petits posés entre les trois, le tout sur une terrasse de sinople». (voir E. Révérend du Mesnil, La Famille de Molière et ses représentants actuels, Paris, Isidore Lisieux, 1879). On voit que le blason de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière dérive de celui de la famille Poquelin, en particulier pour le sinople. La couleur verte n’est donc pas propre à Molière lui-même… À moins de considérer que tous les Poquelin étaient des bouffons du roi…

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Partie en cours: État de la question (Première Partie)




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