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Les impossibilités de Corneille.


Molière aurait été empêché d’écrire toutes ses comédies parce qu’il ne disposait pas du temps nécessaire. Mais cette affirmation, qui est fausse, comme on va le voir (en dehors des commandes urgentes du roi, Molière disposait de tout son temps pour écrire), ne tient pas compte du principe de contradiction: car si l’on examine les possibilités qu’aurait eues Corneille d’écrire à la fois les pièces de Molière et les siennes propres, on découvre des impossibilités réelles, qui rendent impensable dans son cas qu'il ait pu mener de front deux œuvres en outre aussi différentes que celle de Molière et la sienne propre.

Corneille écrivait le 25 avril 1662:

le déménagement que je prépare pour me transplanter à Paris me donne tant d’affaires que je ne sais si j’aurai assez de liberté d’esprit pour mettre quelque chose cette année sur le théâtre
(Corneille, Pléiade, vol. III, p.10)

Ainsi Corneille qui, à la fin d’avril, se disait lui-même incapable d’écrire — et même de prévoir s’il pourrait écrire — la moindre pièce de théâtre avant la fin de l’année, aurait été capable à peine six mois plus tard, une fois installé à Paris, de mener deux pièces de front (L’École des femmes de Molière, créé le 26 décembre 1662 et sa propre Sophonisbe, créée quinze jours plus tard) ?...

En 1670, au plus fort de la prétendue collaboration entre Molière et Corneille, celui-ci publie l’Office de la Sainte Vierge. C’est un énorme travail de traduction et de versification qui donna un ouvrage de 528 pages (250 p. dans l’actuelle édition de la Pléiade!) et qui a dû l’occuper plusieurs années. C'est l'équivalent d'au moins quatre pièces de théâtre! Peut-on supposer qu’il ait eu le temps d’écrire en même temps son propre Tite et Bérénice et Le Bourgeois gentilhomme de Molière (1670), ainsi que Les Amants magnifiques du même (1670), mais aussi les pièces de Molière des deux années précédentes, Amphitryon et L’Avare (1668)? Sans parler de son propre Attila en 1667!

Quelle force de travail se serait découvert soudain Corneille! Lui qui n’a qu’une seule fois dépassé le rythme d’une pièce par an, lui qui avait besoin de tranquillité pour écrire, comme le révèle sa lettre du 25 avril 1662 citée ci-dessus.

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