[retour à un affichage normal]

Accueil > Outils > Molière directeur de troupe.

Molière directeur de troupe.


On ne voit pas qu’au XVIIe siècle «directeur de troupe» ait été un métier. Molière passe pour le «chef» de sa troupe, ce qui est tout à fait différent: le chef d'une troupe est celui qui parle en son nom, qui fait les annonces, et auquel ses compagnons reconnaissent une sorte de prépondérance morale, du fait de ses qualités d'acteur, de son ascendant, de son entregent. Pour le reste,

- toutes les décisions sont des décisions collectives;

- tous les travaux concernant le théâtre sont suivis par des comédiens désignés par la troupe: dans le cas de la troupe du Palais-Royal, les registres dont nous disposons nous montrent qu'à l'occasion des aménagements qu'a subis la salle à plusieurs reprises, le nom de Molière n'apparaît jamais (mais toujours ceux d'autres acteurs) dans les contrats et factures établis avec les corps de métier;

- les fonctions de trésorier (ou caissier) sont tenues par des comédiens à tour de rôle: dans le Registre de comptes tenu par La Thorillière, on reconnaît d’autres écritures que la sienne (mais non, semble-t-il, celle de Molière);

- le métier de «metteur en scène» n'existe pas au XVIIe siècle. C'est l'auteur qui donne des indications aux acteurs qui créent sa pièce. Molière semble une peu plus directif que le veut l'usage, comme on le constate dans L'Impromptu de Versailles, mais pour l'essentiel le travail de mise en scène est inconnu et le restera encore pour deux siècles. C'est ce qui fait que, comme l'explique Chappuzeau dans son Théâtre français (1674), une pièce peut être reçue, apprise, répétée et jouée en huit jours.

En conclusion,

1) Molière, comme on vient de le voir, disposait de tout son temps pour écrire ses grandes pièces. Rappelons que pour Amphitryon, sa pièce sa plus soignée, il a tiré parti de longs mois sans activité: en raison de l'interdiction de la nouvelle version de Tartuffe (rebaptisé L'Imposteur) dès le 5 août 1667, le théâtre est resté fermé jusqu'au 25 septembre (sans que la troupe fasse de visite ici ou là). L'activité reprend le 25 septembre avec quatre représentations consécutives du Misanthrope (25, 27, 30 septembre et 2 octobre), puis une séance de relâche (4 septembre), puis deux séances consécutives de L'École des maris (7 et 9 octobre). À partir de là, on ne vit plus Molière sur le théâtre jusqu'au 6 janvier 1668 (retour célébré par le gazetier Charles Robinet).

Dans sa Lettre en vers du 31 décembre, Robinet s'exclamait:
Veux-tu, Lecteur, être ébaudi ?
Sois au Palais Royal, Mardi :
Molière, que l’on idolâtre,
Y remonte sur son Théâtre.

Il ne se trompait que de trois jours: c'est le vendredi 6 que Molière fit sa réapparition dans L'Amour médecin.

2) En outre, Molière prenait tout le temps qu'il lui fallait. Ainsi, en dehors de ce qu’il présente lui-même comme des «impromptus» qu'il est capable de composer en un couple de semaines, Molière laisse s'écouler de très longs mois, parfois des années entres ses grandes pièces : un an et demi sépare L’École des Maris de L’École des femmes; de même entre L’École des femmes et le premier Tartuffe; deux ans séparent les premiers témoignages sur la composition du Misanthrope de la création du Misanthrope; etc.

____________________________________________________________

Page précédente: Molière et le métier de comédien.

Page suivante: La question des dénis d’originalité au moment de la querelle de L’École des femmes

Chapitre en cours : Louÿs (et ses disciples) sur Molière

Partie en cours: L'invention de Pierre Louÿs, ses arguments et ceux de ses disciples (Deuxième Partie)




Présentation | Plan général | Plan détaillé | Index des pages | Accès rédacteurs