[retour à un affichage normal]

Accueil > Outils > Remarques préalables

Remarques préalables


Molière et sa troupe ont fait deux séjours à Rouen où résidait Pierre Corneille, l’un à l’automne 1643, l’autre durant l’été 1658. Cela a-t-il été une particularité propre à la troupe de Molière? Et cela a-t-il pu avoir quelque conséquence?

Rouen est à cette époque la troisième ville de France, et donc la plus grande ville à proximité de Paris. Ce qui explique que Rouen ait été constamment visitée par des troupes de comédiens, et pas seulement par des troupes de comédiens ambulants. Car les deux troupes parisiennes ne dédaignaient pas d’aller y faire des séjours. C’est ainsi que la troupe de l’Hôtel de Bourgogne est allé jouer à Rouen en 1642 ou 1643, selon le témoignage de l’abbé d’Aubignac:

Nous avons eu sur notre Théâtre l’Esther de M. du Ryer, ornée de divers événements, fortifiée de grandes passions et composée avec beaucoup d’art; mais le succès en fut beaucoup moins heureux à Paris qu’à Rouen: et quand les Comédiens nous en dirent la nouvelle à leur retour, chacun s’en étonna sans en connaître la cause. (La Pratique du Théâtre, 1657, p.89)

Il en est de même pour la troupe du Marais, comme le confirme Samuel Chappuzeau (Le Théâtre français, 1674, p.191):

Cette Troupe allait quelquefois passer l’Été à Rouen, étant bien aise de donner cette satisfaction à une des premières Villes du Royaume. De retour à Paris de cette petite course dans le voisinage, à la première affiche le Monde y courait, et elle se voyait visitée comme de coutume.

Un acte passé en juin 1644 à Rouen par les comédiens de la troupe du Marais révèle que durant que leur salle était en reconstruction (le jeu de paume du Marais avait brûlé le 15 janvier 1644), ils avaient joué, entre autres, à Rouen (voir Alan Howe, Le Théâtre professionnel à Paris, Paris, Archives nationales, 2000, p.175).

On remarque le parallélisme entre les deux situation: dans les deux cas, à six mois d’intervalle, les troupes font aménager (L’Illustre Théâtre) ou réaménager (la troupe du Marais) un jeu de paume en théâtre; elles font appel aux mêmes charpentier et menuisier; et durant les travaux, elles effectuent un séjour de quelques semaines à Rouen.

Quinze ans plus tard, en 1657, le théâtre du Marais est de nouveau fermé, et l’on a conservé la trace du passage de la troupe durant l’été à Rouen.

L’année suivante, en 1658, la troupe de Dufresne et de Molière, qui a décidé de cesser d’être une "troupe de campagne" pour tenter à nouveau sa chance à Paris, vient passer la fin du printemps et l'été à Rouen pour préparer son installation parisienne.

Un an et demi plus tard, le 13 janvier 1660, le malheureux Coqueteau de la Clairière (un ami des frères Corneille dont la tragédie Oreste et Pylade venait de chuter au Palais-Royal occasionnant le dépit de Thomas Corneille envers la troupe de Molière), écrivait à l'abbé de Pure qu'une nouvelle troupe de comédiens, la troupe de Rosidor, venait d'arriver à Rouen:

"Je souhaiterais que nous eussions ici de nouveaux ouvrages, comme nous avons de nouveaux comédiens: je me hasarderai de vous régaler de leurs réussites. Ils nous donnèrent hier le Maître étourdi de Quinault… "

Cette présence de comédiens séjournant plus ou moins longtemps à Rouen s’observe tout au long du XVIIe siècle.

Ainsi des actes passés chez un notaire de Rouen en 1661 nous permettent de découvrir que l’acteur-auteur Dorimond et sa troupe (Troupe de Mademoiselle [fille de Gaston d’Orléans, cousine germaine de Louis XIV]) ont séjourné au moins trois mois à Rouen:

- 23 mai 1661:

Fut présent le sieur Nicolas Drouin dit Dorimont, un des comédiens de Mademoiselle, étant de présent en cette ville de Rouen représentant la comédie avec ses associés au jeu de paume où pend pour enseigne Les deux Mores, sis rue des Charrettes, paroisse Saint-Éloi…

- 11 juin 1661:

Furent présents les sieurs Nicolas Drouin, bourgeois marchand à Paris, et Nicolas Drouin dit Dorimont, comédien de Madlle, père et fils aîné étant de présent en cette ville de Rouen logés au jeu de paume où pend pour enseigne Les deux Mores, sis rue des Charrettes, paroisse Saint-Éloi…

- 23 août 1661: :

Fut présent le sieur Nicolas Drouin sieur Dorimont, l’un des comédiens de Mademoiselle, étant de présent en cette ville de Rouen…
(Sophie-Wilma Deierkauf-Holsboer, Le Théâtre du Marais, Paris, Nizet, 1958, p.310-313)

- En 1666, durant le relâche de Pâques, c’est chez un notaire de Rouen qu’un groupe de comédiens constitue une association pour fonder une nouvelle troupe dont ils seront les chefs (deux d’entre eux, Champmeslé et Rosimond seront très vite recrutés par le Marais à Paris, et feront la grande carrière que l’on sait):

- 29 mars 1666:

Furent présents en leurs personnes les sieurs François Serdin, Charles Chevillet dit Champmeslé, Claude de la Roze dit Rosimont et Jean Louvard dit de Menneville, tous comédiens du Roi étant de présent en cette ville de Rouen y demeurant, lesquels ont fait le présent accord en la manière qu’il ensuit…
(S.-W. Deirkauf-Holsboer, ouvr. cit., p.314)

En janvier 1674, il y a une troupe de comédiens à Rouen qu'une lettre de cachet du roi empêche in extremis de représenter Le Malade imaginaire qui n'avait pas encore été publié et n'était donc pas encore tombé dans le domaine public.

____________________________________________________________

Sous-chapitre précédent: La question des obscurités biographiques

Page suivante: Premier séjour

Sous-chapitre en cours: La question des séjours à Rouen

Chapitre en cours: Louÿs (et ses disciples) sur Molière (chap. 1)

Partie en cours: L'invention de Pierre Louÿs, ses arguments et ceux de ses disciples (Deuxième Partie)




Présentation | Plan général | Plan détaillé | Index des pages | Accès rédacteurs