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Témoignages immédiatement postérieurs à sa mort.


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i. Les gazettes

voici comment le rédacteur de la Gazette, Charles Robinet a relaté cette même mort dans sa célèbre la Lettre en vers:

Le fameux Auteur Théâtral,
Le célèbre Peintre Moral,
L'Acteur de qui, sur le Théâtre,
Chacun fut, toujours, idolâtre,
L'Introducteur facétieux
Des Plaisirs, des Ris et des Jeux,
Qui le suivaient comme leur Maître,
Et celui qui les faisait naître.
Le charmant Mome de la Cour
Qui l'appelait en chaque jour
De ses fêtes, et ses liesses,
Pour mieux remplir ses allégresses,
Molière, enfin, dont Prose, et Vers
Ont ébaudi tout l'Univers,
Et qui gagna d'immenses Sommes,
En frondant les vices des Hommes,
Ce Molière a fini son Sort.
Oui, la Mort, la traîtresse Mort,
Au sortir de sa Comédie,
Borna le Filet de sa vie,
Avecque son Trait meurtrier,
Sans lui donner aucun Quartier;
(On lira l'intégralité du passage ici)

ii. Correspondances privées

Jean Chapelain, Lettre du 4 juin 1673

JEAN CHAPELAIN

A M. OTTAVIO FERRARI,

CAVALIERE ET PROFESSORE, ETC., À PADOUE.

Monsieur, vous m’avez tiré d’une grande peine par l’avis du parfait recouvrement de votre santé et de la cessation de cette toux opiniâtre si dangereuse à votre âge et qui nous a emporté tant de gens par ce long hiver. Dieu soit loué et veuille vous en garder à longues années! L’exercice de la profession de parler en public, s’il n’est modéré par prudence, attire ordinairement les fluxions sur la poitrine et enfin échauffe plus les poumons qu’il n’est besoin pour le rafraîchissement de la vie. Notre Molière, le Térence et le Plaute de notre siècle, en est péri au milieu de sa dernière action. Ménagés-vous, Monsieur, sur cet exercice et agissez plus à l’avenir de la main que de la voix. Vous et le public y trouverez mieux votre compte.

iii. Le florilège d’épitaphes (dont celle de La Fontaine)

NB. L’épitaphe rédigée par La Fontaine ne lui a pas été tardivement attribuée, comme le prétendent les disciples de Louÿs. Dès le 19 mars 1673, à peine un mois après la mort de Molière, l’une des correspondantes du comte de Bussy-Rabutin (le cousin de Mme de Sévigné) la lui adressait avec ces mots: «Je vous envoie, Monsieur, une épitaphe de Molière par La Fontaine.» (Lettre de Mlle Dupré à Bussy, 19 mars 1673; dans Correspondance de Roger Rabutin, comte de Bussy, avec sa famille et ses amis, éd. Ludovic Lalanne, Paris, 1858, tome II, p.234).

iv. Le Mercure galant

v. Les ouvrages sur le théâtre

témoignage de 1674 Dans son ouvrage de référence, significativement intitulé Le Théâtre français, Samuel Chappuzeau, s’est livré à une rapide présentation de chacun des auteurs, de chacune des troupes, et de tous les comédiens qui les ont composées. Y figure un long éloge de Molière, mort l’année précédente:

«XXXIX — Éloge de Molière.
Le Palais-Royal commença donc de faire grand bruit, et d’attirer le beau monde, quand Molière en suite de son Étourdi, de ses Précieuses ridicules, et de son Cocu imaginaire, donna son École des maris. Il sut si bien prendre le goût du siècle et s’accommoder de sorte à la cour et à la ville qu’il eut l’approbation universelle de côté et d’autre, et les merveilleux ouvrages qu’il a faits depuis en prose et en vers ont porté sa gloire au plus haut degré, et l’ont fait regretter généralement de tout le monde. La postérité lui sera redevable avec nous du secret qu’il a trouvé de la belle comédie, dans laquelle chacun tombe d’accord qu’il a excellé sur tous les anciens comiques et sur ceux de notre temps. Il a su l’art de plaire, qui est le grand art, et il a châtié avec tant d’esprit et le vice et l’ignorance, que bien des gens se sont corrigés à la représentation de ses ouvrages pleins de gaieté; ce qu’ils n’auraient pas fait ailleurs à une exhortation rude et sérieuse. Comme habile médecin, il déguisait le remède, et en ôtait l’amertume, et par une adresse particulière et inimitable, il a porté la comédie à un point de perfection qui l’a rendue a la fois divertissante et utile. C’est aujourd’hui à qui des deux troupes s’acquittera le mieux de la représentation de ses excellentes pièces, où l’on voit courir presque autant de monde que si elles avoient encore l’avantage de la nouveauté ; et je sais que tous les comédiens généralement qui révèrent sa mémoire, comme ayant été un très illustre auteur et un acteur excellent, lui donnent tous les éloges imaginables et enchérissent à l’envi sur ce que j’en dis. Car enfin Molière ne composait pas seulement de beaux ouvrages, il s’acquittait aussi de son rôle admirablement, il faisait un compliment de bonne grâce, et était à la fois bon poète, bon comédien et bon orateur, le vrai Trismégiste du théâtre. Mais outre les grandes qualités nécessaires au poète et à l’acteur, il possédait celles qui font l’honnête homme; il était généreux et bon ami, civil et honorable en toutes ses actions, modeste à recevoir les éloges qu’on lui donnait, savant sans le vouloir paraître, et d’une conversation si douce et si aisée, que les premiers de la cour et de la ville étaient ravis de l’entretenir. Enfin il avait tant de zèle pour la satisfaction du public, dont il se voyait aimé, et pour le bien de la troupe qui n’était soutenue que par ses travaux, qu’il tâcha toute sa vie de leur en donner des marques indubitables. Il mourut au commencement du carême de l’année dernière 1673, infiniment regretté de la Cour et de la Ville ; et la troupe s’étant remise avec peine de l’étourdissement qu’elle reçut d’un si rude coup, remonta quinze jours après sur le théâtre.»

vi. Les hommages de confrères

D’Assoucy, L’Ombre de Molière

NOTA On notera que les disciples de Louÿs prétendent que d’Assoucy était ami avec Corneille et que c’est par lui que Molière l’aurait rencontré: dès lors, on s’étonne que quelqu’un de si proche de l’un et de l’autre — et qui avait des raisons d’en vouloir à Molière comme il le rappelle dans sa dédicace au duc de Saint-Aignan — ait tissé un tel éloge de Molière-auteur.

Rappelons les vers de 1671 (publiés dans ses Rimes redoublées) qui disaient déjà ce qu’il reprendra dans la dédicace à Saint-Aignan:

«J’ai toujours été serviteur
De l’incomparable Molière
Et son plus grand admirateur.
Il est vrai qu’il ne m’aime guère.
Que voulez-vous? c’est un malheur.
L’abondance fuit la misère,
Et le petit et pauvre hère
Ne cadre point à gros seigneur.»

L’OMBRE DE MOLIERE

ET SON ÉPITAPHE

A Paris, chez J. Baptiste Loyson, au Palais, dans la Salle des Merciers, proche 1^ Sainte-Chapelle, Ã la Croix d’or, 1673, in-4 de 2 ff. et de 8 pages.

A MONSEIGNEUR LE DUC DE SAINT-AIGNAN.

Monseigneur,

JE vous présente un Ombre, mais ce n’est pas de ces Ombres qui effrayent les vivants, c’est l’Ombre de Molière, qui ne peut être que divertissant, et qui ne fera point de peur après sa mort qu’à ceux qui ont redouté son esprit durant sa vie. Quoiqu’il eût plus de talent pour se faire des envieux que pour s’acquérir des amis, il fut pourtant toujours mon ami. Et si, sur la fin de ses jours, il cessa de l’être, je veux que tout le monde sache que je ne cesse pas d’être son estimateur. C’est pourquoi je crois qu’on ne trouvera pas étrange si, au milieu de tant de jaloux qui font vanité de remuer ses cendres et déchirer sa mémoire, j’ai pris le plus honnête parti. Je crois, Monseigneur, que vous qui êtes la générosité même ne désapprouverez pas ce petit effet de la piété de celui qui, étant plus que tout le reste du monde obligé à la Vôtre, sera toujours,

Monseigneur,
Votre très humble et très obéissant serviteur

Dassoucy.

L’OMBRE DE MOLIÈRE ET SON ÉPITAPHE

Quel bruit entends-je sur la terre!
Que d’écrits, que de vains propos!
Fâcheux à qui j’ai fait la guerre,
Laissez mes cendres en repos.
Dites-moi, peuple hétéroclite,
Esprits jaloux de mes bons mots,
Que vous a fait ce Démocrite
Pour faire la guerre à ses os?

Attaquant dans l’âme hypocrite
Le vice par moi combattu,
Ai-je offensé votre vertu,
On fait tort à votre mérite
Si le méchant j’ai démasqué,
Gens de bien, qu’avez-vous à craindre
Quelle raison a de se plaindre,
L’homme qui n’est point attaqué ?

Et vous, grand Corps que j’ai choqué,
Qui profitez de nos désordres,
Docte et savante Faculté,
Si je suis parti sans vos ordres,
Excusez ma témérité.
Troupe au monde si nécessaire.
Non pas tant pour notre santé
Que pour Monsieur l’apothicaire,
Quand vous m’aurez ressuscité,
Je ferai pour vous satisfaire,
Non le malade imaginaire,
Mais le malade en vérité.

Et vous sur mon théâtre assis,
Beaux frisés pour qui tout soupire.
Beaux courtisans, beaux Amadis,
Marquis que le parterre admire,
Quand de vos faits et de vos dits,
Dont j’ai défrayé notre Sire,
On vous voit éclater de rire,
A la barbe de tout Paris.
Marquis plus savants que Voiture,
Qui sans raison et sans mesure,
Faites des sonnets si jolis,
Et de si beaux vers sans rature,
Marquis si beaux et si bien mis,
Si bien faits et si bien appris,
Venez jusqu'à ma sépulture,
Pour apprendre en quelle posture,
Il faut que se tienne un marquis.
J’attesterai par écriture,
Par serment, et par signature,
Que vous êtes de beaux esprits.

Pardonnez-moi, maitre Martin,
Si j’ai fait une égratignure
A votre pourpoint de satin.
Priez pour moi soir et matin,
Ou je suis flambé, je vous jure,
Rate, poumon, foie et fressure.
Crin, poil et peau, tripe et boudin,
Mon gentil joli roquentin,
Las ! pardonnez-moi cette injure,
Ou je suis frit comme un lutin.

Dieux, que de monstres j’ai fait naître!
Que d’ennemis je vois paraître !
J’entends aujourd’hui plus d’un chien
Qui m’aboie et me mord en traître,
Qui m’appelle comédien,
Qui bouffon, qui luthérien,
Qui me tient plus méchant qu’un reître.
Las! moi, pauvre Parisien,
Dites moi, qu’ai-je fait pour être
Traité comme un pharisien?
Si, dans mon plaisant entretien,
Vos sottises j’ai fait connaître,
En suis-je moins homme de bien?
Quoi ! divertir un si grand Maître,
N’est-ce donc être bon à rien ?

Écrivains jaloux de ma gloire,
Qu’ici bientôt je reverrai,
Sans papier et sans écritoire,
Si je repasse l’onde noire,
Morgué ! que je vous frotterai !
Comme à grands coups de décrottoire,
Poètes, je vous décrotterai !
Rimeurs qui rimez après boire,
Entre le fromage et la poire,
Parbleu ! je vous attraperai,
Vous mourez, et moi je vivrai,
Vous pourrirez dans une armoire,
Tandis qu’au Temple de Mémoire,
Comme un soleil j’éclaterai.
Quoi que l’on pense ou que l’on die
De mon esprit ou de ma vie,
De Molière on ne verra plus.
La Parque, en extase ravie,
En tient en cette tombe inclus
L’original et la copie.
Je fus au-dessus de l’envie :
Pour atteindre au poste où je fus,
Messieurs les grisons d’Arcadie,
Vos efforts seront superflus.

Rage, fureur et jalousie,
Tous ensemble je vous défie.
Venez, accourez sur mes pas,
Petits esprits, je ne crains pas
Que votre rage me confonde
Dans vos écrits mangés des rats.
Quoique dans une nuit profonde,
Mes yeux soient fermés ici bas,
Mon esprit, toujours plein d’appas,
Courant sur la terre et sur l'onde,
Brillera malgré le trépas,
Autant que cette masse ronde
Aura d’illustres potentats.

Quoique sur ma pauvre carcasse,
Sans cesse le corbeau croasse,
J’ai trop d’illustres partisans,
Auprès du grand dieu du Parnasse,
Pour craindre vos traits médisants.
Dans vos écrits plus froids que glace,
Si je ne fus pareil au Tasse,
Je serai le Plaute du temps,
Et parmi les plus triomphants
J’aurai sans doute un peu de place ;
Plus charmant que l’enfant de Thrace,
J’ai diverti, plus de vingt ans,
Des rois le plus grand qui se fasse.
Je fus acteur, je fus auteur,
Poète, philosophe et censeur,
Qui, par une pieuse audace.
Jouant le monde et sa grimace,
Ai démasqué maint imposteur,
Et fait rire plus d’un seigneur
Des défauts de la populace.
Au vice j’ai donné la chasse ;
Aussi mon seigneur et mon Roi,
Assez content de mon emploi,
Malgré le tonnerre qui gronde,
Me souffre encore auprès de soi.
Sa cour où toute gloire abonde
Revoit mon esprit sans effroi ;
Et tous les gens de bon aloi
Prônent ma vertu sans seconde.
Troupe chagrine et furibonde.
Vous serez brave, sur ma foi,
Quand sur le théâtre du monde
Vous aurez fait autant que moi.

- L’Ombre de Molière de Brécourt

- Fragments de Molière de Champmeslé

- Poème de Boursault (dans G. Monval, Recueil sur la mort de Molière, p.53 / Mongrédien 538)

vii. L’Épître VII de Boileau («À Racine»)

[…]
Avant qu’un peu de terre, obtenu par prière,

Pour jamais sous la tombe eût enfermé Molière,
Mille de ces beaux traits, aujourd’hui si vantés,
Furent des sots esprits à nos yeux rebutés.

L’ignorance et l’erreur à ses naissantes pièces,
En habits de marquis, en robes de comtesses,

Venaient pour diffamer son chef-d’œuvre nouveau,

Et secouaient la tête à l’endroit le plus beau.

Le commandeur voulait la scène plus exacte;
Le vicomte, indigné, sortait au second acte:
L’un, défenseur zélé des bigots mis en jeu,
Pour prix de ses bons mots le condamnait au feu;

L’autre, fougueux marquis, lui déclarant la guerre,
Voulait venger la cour immolée au parterre.

Mais, sitôt que d’un trait de ses fatales mains,

La Parque l’eut rayé du nombre des humains,
On reconnut le prix de sa Muse éclipsée.

L’aimable Comédie, avec lui terrassée,
En vain d’un coup si rude espéra revenir,

Et sur ses brodequins ne put plus se tenir.

Tel fut chez nous le sort du théâtre comique.
[…]

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