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Tartuffe.


Dès lors, peut-on raisonnablement penser que Corneille aurait pu écrire une pièce comme Tartuffe? Car le premier Tartuffe, celui qui a commencé par être interdit par Louis XIV, n’est pas une satire de l’hypocrisie à travers l’attaque de la fausse dévotion: c’est ce que la pièce est devenue au fil des remaniements apportés par Molière pour devenir «présentable». Dans sa première version il s’agissait d’une satire non pas de la fausse, mais de la vraie dévotion. Voici comment le texte officiel qui fait le récit des fêtes des Plaisirs de l’Île enchantée raconte la création de Tartuffe:

Le soir Sa Majesté fit jouer une Comédie nommée Tartuffe, que le Sieur de Molière avait faite contre les Hypocrites; mais quoiqu’elle eût été trouvée fort divertissante, le Roi connut tant de conformité entre ceux qu’une véritable dévotion met dans le chemin du Ciel, et ceux qu’une vaine ostentation des bonnes œuvres n’empêche pas d’en commettre de mauvaises; que son extrême délicatesse pour les choses de la Religion, ne put souffrir cette ressemblance du vice avec la vertu, qui pouvaient être prise[s] l’une pour l’autre: Et quoiqu’on ne doutât point des bonnes intentions de l’Auteur, il la défendit pourtant en public, et se priva soi-même de ce plaisir, pour n’en pas laisser abuser à d’autres, moins capables d’en faire un juste discernement.

Imagine-t-on le vrai dévot qu’était Corneille composer une comédie qui jouait sur l’absence de frontière entre dévotion sincère et dévotion ostentatoire ?

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