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Thomas Corneille


«LE LIBRAIRE AU LECTEUR. (1ère éd. du Festin de Pierre mis en vers par Thomas Corneille , 1683)

Cette Pièce, dont les Comédiens donnent tous les ans plusieurs Représentations, est la même que feu Mr de Molière fit jouer en Prose quelque temps avant sa mort. Celui qui l’a mise en Vers, a pris le soin d’adoucir certaines expressions qui avaient blessé les Scrupuleux, et il a suivi la Prose dans tout le reste, à l’exception des Scènes du troisième et du cinquième Acte, où il fait parler des Femmes. Ce sont Scènes ajoutées à cet excellent Original, et dont les défauts ne doivent point être imputés au célèbre Auteur, sous le nom duquel cette Comédie est toujours représentée.»

Cet avis du «libraire» a été manifestement rédigé par Thomas Corneille en personne, comme en témoigne l’Avis à la première personne publié dans toutes les éditions du Théâtre de Thomas Corneille à compter de 1692:

AVIS
Cette Pièce, dont les Comédiens donnent tous les ans plusieurs représentations, est la même que feu Mr de Molière fit jouer en Prose quelque temps avant sa mort. Quelques personnes qui ont tout pouvoir sur moi, m’ayant engagé à la mettre en vers, je me réservai la liberté d’adoucir certaines expressions qui avaient blessé les Scrupuleux. J’ai suivi la prose dans tout le reste, à l’exception des scènes du troisième et du cinquième acte, où j’ai fait parler des Femmes. Ce sont scènes ajoutées à cet excellent original, et dont les défauts ne doivent point être imputés au célèbre Auteur sous le nom duquel cette Comédie est toujours représentée.»

Le «libraire» en 1683, Thomas Corneille en 1692 présentent donc Le Festin de Pierre comme «la même» pièce «que feu Mr de Molière fit jouer en Prose quelque temps avant sa mort». Le propre frère de Pierre Corneille reconnaît donc sans ambiguïté que l’auteur du Festin de Pierre (pièce passée à la postérité sous le nom de Don Juan ou Le Festin de Pierre) est Molière. Les disciples de Louÿs tentent ici de forcer le texte en relevant que Thomas Corneille dit seulement que Molière «fit jouer» cette pièce en prose, comme s'il pouvait l'avoir fait jouer sans l'avoir lui-même écrite, et pour faire passer en force leur biais de lecture, ils prétendent que la dernière phrase est obscure alors qu'elle est justement dépourvue de toute ambiguïté. Le «libraire» en 1683, Thomas Corneille en 1692 préviennent le lecteur que s’il trouve des défauts dans les scènes ajoutées par Thomas Corneille à l’original en prose, il doit les imputer à l’auteur de ces nouvelles scènes (Thomas Corneille) et non pas «au célèbre auteur sous le nom duquel la pièce est toujours représentée». Et que signifie cette dernière formule? Elle renvoie à un contexte que les disciples de Louÿs ignorent ou feignent d'ignorer: car depuis sa création à la scène (le 12 février 1677) la version du Festin de Pierre versifiée par Thomas Corneille a toujours été affichée et annoncée sous le nom de Molière, et le public savait donc qu'il allait voir la pièce de Molière versifiée par Thomas Corneille. Au moment de la publication cet avis au lecteur prévenait donc le public et les lecteurs qu'ils ne devaient donc pas attribuer à Molière les défauts des parties ajoutées par Thomas Corneille.

En faisant sien l’avis du «libraire» au lecteur, en 1692, en ajoutant quelques mots à la première personne ici et là, Thomas Corneille ne pouvait pas confirmer plus explicitement que Le Festin de Pierre, plus connu aujourd’hui sous le titre de Dom Juan ou le Festin de pierre, est une comédie dont l’auteur n’est autre que Molière. Et c’est Thomas Corneille qui l’affirme, dans le cadre d’une édition des ses propres œuvres! Nous sommes alors dix-neuf ans après la mort de Molière, huit ans après la mort de son frère Pierre, dont il partageait quasiment la vie (ils vivaient à Rouen dans des maisons contiguës, ils avaient épousé deux sœurs, ils déménagèrent en même temps à Paris…). Pourquoi donc Thomas Corneille, depuis toujours éperdu d’admiration devant l’œuvre de son frère aîné, n’aurait-il pas saisi l’occasion de laisser entendre qu’il avait versifié l’original autrefois écrit non point par Molière, mais par son frère Pierre Corneille? La réponse va de soi, sauf pour les disciples de Louÿs qui, comme toujours face à l'évidence des faits, des textes et des déclarations, mettent en avant l'argument imparable qui sert à tout: le complot secret unissant (par-delà la mort de deux des protagonistes) Corneille, Molière et Louis XIV…

Voir aussi la page La préface du Festin de Pierre de Thomas Corneille.

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